La restructuration dans la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (CICM)

Emilia Palladino

Nous sommes une Congrégation de plutôt petite taille: environs 800 membres actuellement dont 190 en Belgique et Pays-Bas. Leur âge moyen est de 81 ans. En 1962,quand on fêtait le 100 ième anniversaire de la Congrégation comptait 2000 confrères.

Expansion aux origines

A ses origines, notre Congrégation a connuune forte expansion. Celle-ci était justifiée
par la dimension ad extra de son charisme etsoutenue par une démographie croissante qui
a duré des décennies. Elle fut parfois rendueopportune et nécessaire par des circonstances
telles l’expulsion massive des membres de laCongrégation de la Chine, etc.

Cette expansion s’était alors traduite soit par la création de nouvelles entités, aussi bien
dans les pays où notre Congrégation étaitdéjà présente (Belgique et Congo) que dans de nouveaux pays pour elle (Haïti, Chili,Hong Kong, Taiwan, Guatemala); soit aussipar la scission de certaines entités quiexistaient déjà, notamment en Europe et enAfrique. Les plus anciennes entités de notreCongrégation datent de cette premièreépoque. Ce fut le premier mouvement, de

Cette contribution à la session d’automne de SEDOS a entre autres eu comme source le document de travail du Chapitre général CICM en 2017.

multiplication d’entités, qui avait caractérisénotre Congrégation.

La restructuration n’est donc pas unévènement du 21 ième siècle seul. On a toujours connu des mouvements dans le nombre des provinces ou districts. Il y a eu une augmentation à certains moments et une diminution à d’autres.

Les premières restructurations

Vers la fin du siècle passé et au début de cesiècle, un mouvement inverse par rapport au
premier commençait à prendre place. Il consistait en la fusion de plusieurs entités,
tantôt appartenant à un même pays, comme le RDC ; tantôt appartenant à des pays
différents comme en Europe (Belgique et Pays-Bas), et aux Amériques (Guatemala et Mexique).

Parmi les raisons qui rendaient nécessaires ces fusions ou unifications des entités l’on
peut citer les suivantes, qui ne manquent pas de s’impliquer mutuellement : la diminution
continue du nombre des confrères; le souci de garantir une présence missionnaire
pertinente et dynamique; la difficulté de trouver du personnel pour l’administration
de différents services; les vocations quasi-inexistantes et l’âge avancé des confrères en
Europe; le manque d’approvisionnement de certaines Provinces en jeunes missionnaires

à une époque où tous les jeunes étaient envoyés ailleurs; etc.A l’époque de ces restructurations, les questions, les peurs et les réticencesn’avaient pas manqué.

Toutefois, ces premières restructurations (fusionsou unifications)furent majoritairement, si pas unanimement, des réussites ou des succès. Parmi les raisons quien avaient fait des réussites, il y a lessuivantes:

  • une longue préparation impliquant lesbases des Provinces désireuses de se
    réunifier puisqu’elles en ressentaient lebesoin ;
  • une collaboration sectorielle entre Provinces, qui a précédé la réunification formelle;
  • la volonté d’anticiper plutôt que de subirl’inéluctable; la volonté de réussir malgré
    tout;
  • des fusions progressives et non pas précipitées ou brusquées. Par exemple la
    province de Kinshasa et celle de BNL(Belgique – Pays-Bas) dans leurs configurations actuelles sont le résultatde plusieurs fusions qui les ont précédéeset préparées).

Les plus récentes restructurations après 2000.

Ce sont les restructurations qui ont donné à notre Congrégation sa configuration ou ses
entités actuelles.Elles concernent non seulement les entités degouvernement, mais aussi les maisons deformation, les destinations missionnaires, lesrappels et les retours des confrères dans leursProvinces d’origine, la question des langues dans la Congrégation, les contrats et les nouvelles constructions durant la période restructuration. Nous n’abordons durant ce
Chapitre que les cas qui concernent les entités de gouvernement. A cet égard, les restructurations ont consisté principalement eune réduction du nombre d’entités de gouvernement, sans en supprimer une seule, mais seulement enfusionnant celles qui existaient déjà.

A cet égard, les restructurations ont consisté principalement en une réduction du nombre
d’entités de gouvernement, sans ensupprimer une seule mais seulement enfusionnant celles qui existaient déjà. Cesrestructurations ont connu plusieurs étapes.

Le point de départ était la Conférence générale de 2002 aux Philippines.

Cette Conférence fut la première à émettredes propositions en vue de plus récentes
restructurations dans la Congrégation. Cespropositions étaient les suivantes:

«1. En vue d’être plus consistant en matièred’érection, modification et suppression des
entités CICM (Provinces,Districtsautonomes et Nouvelles Fondations), nous
proposons que le Chapitre général de 2005étudie et stipule clairement les critères
comme partie du Directoire général, art. 87des Constitutions.

2. En vue d’éviter la confusion, nousproposons de redéfinir le statut des DA et
Nouvelles Fondations.

3. Considérant le besoin de fusion et derestructuration des Provinces/DA, nous
proposons que le Chapitre général endéfinisse les critères et établisse lesmodalités.

4. En vue du Chapitre général, nousproposons que le Gouvernement général étudieles ajustements
structurels nécessaires, tenant compte de la réalité de ladiminution desmembresdansla Congrégation.

5. Afin d’économiser du personnel dans la FI, nous proposons que les emplois doublessoient évités et que les possibilités de fusion soient étudiées et exécutées.

6. En vue de faire face à la diminution dupersonnel nous proposons d’étudier lapossibilité de regrouper certaines entités CICM.

7. En vue de faire face à la diminution desressources en personnel et financières, nous
proposons d’évaluer la politique dupersonnel et la gestion des moyens financiers.»Et à la suite de cette Conférence générale, unmessage a été adressé aux confrères dans

lequel on peut lire: «Nous nous sommes rendus compte en particulier que nous avons
à faire face à une réalité qui s’impose de plus en plus: la diminution rapide des
membres et des ressources financières de CICM et ses conséquences sur nos structures
au service de la mission. Nous sommes de plus en plus convaincus qu’il devient
impossible de continuer comme dans le passé»

Le Chapitre général cicm de 2005 avaitpris la décision que:

a. Les supérieurs de Provinces et Districts autonomes entameront immédiatement un processus d’animation spirituelle en vue derenforcer la vie religieuse et feront une
évaluation des engagements missionnairesde leurs entités;

b. chaque Province et District autonomeconvoquera une assemblée en 2007;

c. une Réunion régionale aura lieu à la finde 2007 ou au début de 2008;
d. la Conférence générale de 2008 donneraune attention prioritaire au processus derestructuration».

Lors de cette Conférence générale de 2008 à Kinshasa, le GG avait clairement annoncé
son intention de réduire le nombre d’entités sans déterminer la portée de cette réduction
(combien d’entités en moins), ni ses critères opérationnels, ni une proposition de
regroupement proprement dit. Il avaitnéanmoins précisé que la réduction dunombre d’entités n’impliquait pas que CICM devait nécessairement se retirer de l’un despays où nous étions déjà à l’œuvre.

Des partages, mais non discutés enprofondeur ont eu lieu durant cetteConférence générale, il était néanmoins ressorti les points de vue, les peurs, les convictions, les impressions et les souhaits que nous résumons ci-après:

1. sauf quelques exceptions, la grande majorité de Supérieurs majeurs étaitacquise à l’idée de réduire le nombred’entités;

2. cette majorité pensait que la réduction dunombre d’entités était justifiée etopportune;

3. on considérait qu’il y avait même uneurgence à y procéder;

4. on ajoutait en même temps qu’il nefallait cependant pas y procéder commedes «urgentistes»;

5. mais qu’il fallait y aller progressivementde sorte que personne ne se sentira vexé;

6. il fallait surtout y procéder sur la basedes critères clairs pour être objectifs,éviter toute réduction mathématique etdéterminer d’abord ce que veut dire uneentité CICM;

7. il importait néanmoins de s’assurer quenous serons plus efficaces et nous aurons un nouvel esprit;

8. en tout état de cause, il fallait dialoguer avec les autorités des Eglises locales où
nous travaillons;

9. si nous créons de trop grandes entités, ily a la peur de relations impersonnelles
entre les confrères d’une même Province;mieux vaudrait privilégier l’autonomie etla cohésion de petites entités;

10. la question est de savoir comment trouver d’autres structures à mettre enplace.

La Conférence générale de 2008,contrairement à celle de 2002, n’avait émisaucune proposition précise quant à la portéede la réduction du nombre d’entités, ni aux
critères de fusion, ni à la composition desregroupements envisagés non plus.

Finalement, une année après la Conférence général à Kinshasa, Gouvernement général a
publié en 2009 son plan de restructuration sous le titre: «Revitaliser notre identité.
Plan de restructuration».

Ce plan qui a réduit le nombre de Provinces et Districts autonomes de 15 qui existaient
encore à ce moment-là, à 8 entités et fixait aussi différents délais pour l’entrée en
vigueur de nouvelles Provinces restructurées à desmoments différents, qui correspondaient avec la nomination de nouveaux provinciaux. La restructuration dela dernière province (en Asie) devrait entreren vigueur le 1 er janvier 2013.

Aucun critère de regroupement ne fut donné. En revanche, quatre motivations furent avancées :

1) la difficulté expérimentée par tous detrouver des leaders (Supérieur provincial,
Conseillers, Economes, formateurs, etc.) dans 15 Provinces/Districts autonomes;

2) les membres de la congrégation diminuent et cela ne va pas changer dans les années
qui viennent;

3) la diminution des rappels de confrèresd’ailleurs, vu que la Province nouvelle aura
un plus grand nombre de confrères;

4) la possibilité pour le Gouvernement général de faire des réunions et des sessions
de formation permanente plus fréquentes avec les Supérieurs majeurs. (p.13)

Les Maison de Formations ont été réduites en nombre: Deux théologats (Philippines en
Anglais et Cameroun en Français) et deux Noviciats (Kinshasa en Français et Philippines en Anglais).

Au Chapitre général de 2011, deux ans aprèsla décision, on se rendait bien compte que
tout n’allait pas marcher comme on l’avait souhaité et espéré. A ce moment-là la restructuration n’était pasencore complètement mise en route. Dans la région d’Asie et de l’Amérique elle devait encore entrer encore commencer.

On était bien conscient des craintes et deshésitations de nombreux confrères par
rapport au processus de restructuration.On s’était interrogé sur les vraies raisons de
ces peurs et la chapitre avait demandéd’impliquer les confrères à chaque étape de
ce processus, comme l’élaboration denouveaux Statuts provinciaux et des Projets
missionnaires.

En vue du 15 ème Chapitre général de 2017,toutes les entités ont été invitées à évaluer et
à s’exprimer sur la restructuration desdifférentes provinces.Cette évaluation a été faite à différentsniveaux:confrèreseux-mêmes,lesGouvernementprovinciaux,lesCommunautés de Formation.

Presque toutes les entités de notreCongrégation se sont prononcées au sujet dela restructuration, aussi bien celles quiétaient restructurées que celles qui n’étaient pas lors de la décision de 2009.

Il y a d’une part les convictions, lessentiments, les perceptions, les questions et
les souhaits et, d’autre part aussi desrecommandations.Les confrères mentionnaient entre d’autre des difficultés comme:

  • la diversité des langues, la distance géographique entre les entités,
  • l’absence de critères précis pour lafusion,
  • la communication entre les niveaux d’autorité, etc.

Le chapitre général de 2017 a dit ceciconcernant la restructuration:

«L’élaboration d’une restructuration efficace en vue de la mission est la
responsabilité de tous, car nous sommes collectivement responsables de la mission
qui nous est confiée. En effet, le processus de restructuration a déjà commencé et
chacun de nous est exhorté à l’assumer avec patience, ouverture, créativité et
confiance dans la Providence divine, qui continue à nous confier «une bonne et belle
mission», initialement confiée à Théophile Verbist.»

En fait on peut résumer en une phrase: «Tout ne marche pas comme il faut, mais on ne
peut pas revenir en arrière. Il faut continuer à animer les confrères.»


Founder of CICM: Father Theophile Verbist

La situation actuelle.

Actuellement il y a 8 Provinces :

  • 2 en Asie: ASIA (7 pays: Japon,Mongolie, China Mainland, Taiwan,Hong-Kong, Singapore, Indonésie) etPhilippines
  • 2 aux Amériques: US et LAC (Latin America and the Caribbean / 5 pays: =Haïti,République Dominicaine,Mexique, Guatemala et Brésil)
  • 3 en Afrique: Kinshasa, AFA (Kasaï etZambie) et ACO (Afrique centrale et Ouest Afrique: Cameroun et Sénégal)
  • En Europe BNL (Belgique et Pays-Bas)
  • Il y a 3 provinces (ASIA, LAC et AFA)qui ont des districts. Ces districts sont en
    réalités les différents pays d’avant la restructuration. Chacun avec leursupérieur et leur conseil.
  • Les conseillers du Gouvernement Provincial sont tous membres d’undistrict dans lequel il vit.
  • Il y a un Economat Provincial central pour chaque Province et rendent compte
    à l’Economat général. Chaque district a son économe local avec sa comptabilité
    locale. Il rend compte à l’Econome provincial qui coordonne.

Il y a 2 Noviciats (Kinshasa et Manille) et 2 Théologats: (Yaoundé au Cameroun et
Manille aux Philippines

Quelques réflexions:

1) Il est important de voir la dynamique desdifférentesrestructurations.Les
restructurations qui avaient eu lieuauparavant étaient trèssouvent l’aboutissement d’un processus deparfois plusieurs années. Un processus qui avait été initié par les provinces
concernées qui sentaient le besoin d’une restructuration. La plus récente venait
d’en haut. Le GG a pris initiative.

2) Pour la restructuration des provinces enEurope (trois provinces devenaient une
province) le but était essentiellementd’avoir plus de moyens pour s’organiser
pour accompagner les confrères âgés etmalades. L’âge moyen de la Province
actuelle est de 81 ans.

3) La restructuration des provinces enAfrique, Asie et les Amériques visait plutôt
une meilleure présence missionnaire. Elle visait à augmenter la capacité de la Congrégation à répondre effectivement et efficacement aux besoins missionnaires actuels.

On voulait élaborer de possiblesstructures alternatives de gouvernance et
d’organisation qui puissent permettre à laCongrégation d’être plus fidèle à son charisme missionnaire originel

4) Une des réalités est qu’il était devenu difficile de trouver des confrères pour
être formateur dans nos maisons dem formation et être Provincial. Ce qui fait parfois dire par les confrères que le seul profit de la restructuration était pour le Gouvernement général qui devait alors chercher moins de Provinciaux ou formateurs.

5) La restructuration de 2009 est décidée d’en haut. Peut-être les supérieurs desentités administratives ont vu et comprisqu’unerestructurations’imposait,beaucoup de confrères dans lesdifférentes unités ne sont pas entrés danscette nouvelle réalité et ne se sont pas
approprié cette nouvelle réalité. Les confrères ont pour une grande majorité
senti et vivent cette restructuration comme imposée.

6) Que cette restructuration ait été finalement décidée par le GG et vécue comme par beaucoup de confrères comme imposée, est pour une partie aussi dû au fait qu’il n’y a jamais eu une
proposition claire et concrète de la part des Provinces concernées, surtout quand
il s’agissait de la composition des nouvelles provinces.

7) On remarquera aussi que s’il est vrai qu’à la Conférence générale de 2008 en
préparation du chapitre de 2011 un Plan de restructuration était annoncé, ce Plan
annoncé était plutôt une idée et ne comprenait rien de concret. Et le plan même reste bien muet quant auxpréoccupations majeures constamment soulevées tout au long du processus. Il
n’y avait pas de critères concrètes pour mettre en place cette restructuration ni
pour la composition des nouvelles provinces.

8) Un des buts de la restructuration pour leGouvernement général de ce temps de le
rendre plus facile pour changer de pays de mission à l’intérieur d’une grande
province qui contenait plus de pays sans trop de difficultés administratives. En
réalité ces changements de pays sont très rares. Il y a surtout le problème de
langues différentes.

9) Même si le Chapitre de 2011 a dit qu’il fallait davantage impliquer les confrères
à chaque étape de ce processus de mettre en place la restructuration, les confrères
ont été peu impliqués dans la préparation. Les Gouvernements provinciaux devaient
davantage accompagner et d’encourager les confrères à entrer dans le processus de
restructuration en les aidant à faire face à leurs craintes et à répondre généreusement quand le changement estnécessaire». Dans tous les documents il y a troismotsqui reviennent:accompagnement, animation, évaluation.

10) La restructuration n’a pas directement contribué à l’amélioration des finances
des provinces concernées. Entre autres les grandes distances entre les différentes
entités avaient aussi comme conséquence des frais plus grands pour les déplacements en vue des différentes réunions Peut-être avec le Covid-19 on aura plus de réunions via Zoom ou autre
canal.

11) Pour moi c’est clair: Si les confrères desprovinces concernés, Supérieurs et
Conseils inclus, ne sentent et ne vivent pas le besoin d’une restructuration, une
restructuration reste un document sans beaucoup d’effets positifs.

12) Il est important que les lignes decommunication soient claires: qui s’adresse à qui pour quel sujet?

13) L’expérience nousa appris qu’restructuration ne peut que réussir si
les confrères se sentent impliqués, s’il y a une bonne animation en préparation et s’il y a un bon accompagnement pour mettre en place la nouvelle Province.


(Gift from ORBIS BOOKS to SEDOS Library)

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