Godefroid Manunga-Lukokisa, SVD
La communaute catholique congolaise de Rome
Un lieu de dialogue théologique et missionnaire


Introduction

La Communauté Catholique Congolaise de Rome est, pour beaucoup d’Africains et même pour beaucoup de gens vivant à Rome, une petite "Planète inconnue". Il peut en être de même pour beaucoup de congolais eux-memes, vivant en Italie et dans d’autres pays d’Europe.

L’an dernier, cette communauté a célébré sept ans d’existence dans la capitale italienne (12 novembre 1994 —12 novembre 2001). Je me suis inspiré de cet événement, peu significatif soit-il, pour faire une relecture personnelle et critique sur l’organisation et la mission de cette communauté composée des chrétiens émigrés, devenue missionnaire au cœur même de la ville éternelle, Rome/Italie.

Je commencerai par donner un bref panorama sur la situation générale des Congolais en Italie, puis, la genèse et la pertinence de l’érection d’une communauté ou d’une aumônerie catholique congolaise.

Une série des problèmes concrets et contradictions dans l’organisation des activités complétera cette description, de surcroît limitée.

Tous ces faits constituent en eux-mêmes un lieu de réflexion théologique et missionnaire.

 

PREMIERE SECTION :

NAISSANCE ET CHEMINEMENT DE LA COMMUNAUTE

Pourquoi les Congolais vont aller à l’étranger ?

Il y a plusieurs raisons qui poussent les Congolais (non religieux ou non ecclésiastiques) pour aller vivre à l’étranger. Quelques-unes d’entre elles peuvent être les suivantes :

Les Etudes : un nombre considérable de congolais ont eu la chance d’obtenir des bourses d’études pour pouvoir venir en Italie ou ailleurs en vue de compléter leurs études universitaires.

A La recherche du travail : Le marché du travail au pays n’étant pas développé, on regarde l’Europe et les Etats unis d’Amérique, éventuellement l’Afrique Australe où le marché du travail ou de l’emploi est plus viable qu’au pays natal. Tous ceux qui sortent ne pensent pas seulement rester dans les zones susmentionnées mais ils pensent aussi à la possibilité de faire une expérience interculturelle et apprendre un métier pour l’exercer une fois de retour au pays et organiser autrement leur vie.

L’Attrait de la modernité : La vie en Afrique pour beaucoup semble difficile, certains pensent qu’il fait beau vivre en Europe car la modernité est une bonne chose. La vie en Europe est assurément plus avancée du point de vue technologique qu’à Kinshasa ou dans d’autres villes du Congo.

L’Immigration clandestine : En plus de l’attrait de la nouveauté, la situation de crise et d’instabilité aux niveaux sociopolitique, économique et culturel dans le pays, favorisent l’immigration clandestine de nos compatriotes en Italie et dans d’autres pays d’Europe. En effet, il y a un bon nombre de congolais qui vivent dans les différentes villes d’Italie en ces dernières décennies en titre des réfugiés ou d’exilés politiques.

Bref, la conséquence triste des conditions pauvres de travail et d’organisation sociale entraîne l’exode culturel et intellectuel des Congolais à l’étranger, à la recherche des verts pâturages ou des conditions d’études plus appropriées.

Méandres de la vie des Congolais en Italie

Au cours de quatre années passées accomplies en Italie, principalement à Rome, dans le cadre de ma spécialisation en Missiologie, j’ai eu mensuellement l’occasion de rencontrer et de converser avec différents groupes de Congolais à diverses occasions : A l’université grégorienne, lors des célébrations communautaires ou culturelles, à la gare centrale, et même au siège de l’aumônerie catholique congolaise etc. Le congolais se fait reconnaître par sa facilité de s’adapter au milieu, par sa façon de côtoyer les autres, bref par sa façon de parler que ne reconnaît que son compatriote. Là où il y a deux ou trois congolais, dans le métro, dans le bus ou le train, ce sont les langues du pays qui sont entendues (le lingala, le munukutuba (Kikongo ya leta), le Swahili et le Ciluba).

En d’autres termes, la présence congolaise à Rome et en Italie n’est pas négligeable. Ils y sont pour divers motifs. Toutefois, on peut dire avec réserve que les deux tiers des congolais à Rome sont des membres appartenant au clergé régulier et au clergé séculier, sans oublier les religieuses des différentes congrégations féminines, tous envoyés aux études ou en mission de service habituellement pour une durée déterminée.

L’autre tiers est composé de laïcs catholiques et membres de diverses confessions religieuses, des étudiants et autres fonctionnaires : membres du corps diplomatique et familles, étudiants boursiers, immigrés ordinaires et clandestins (sans- papiers), réfugiés politiques etc.

Alors que les religieux et religieuses et à un certain degré, les prêtres diocésains jouissent généralement d’une assurance sociale et maladies de la part des institutions qui les ont envoyés en Italie, les laïcs congolais, même ceux qui travaillent sont confrontés à des difficultés et problèmes d’ordre économique, social et religieux.

Difficultés d’ordre économique : le non-paiement des diplomates par le gouvernement congolais, la bourse (pour ceux qui l’ont) ne couvre pas tous les besoins dans une culture capitaliste, l’assurance maladie ou en cas d’accident ou de mort, les frais élevés de loyer, l’eau, électricité, transport etc.

Il n’est pas rare de voir, les premiers mois de leur arrivée, des congolais s’entasser dans une chambre ou dépendre d’un autre africain qui loue une chambre pendant plusieurs mois avant de trouver leur logement personnel.

Difficultés d’ordre social et linguistique : Le choc culturel causé par la différence de vision du monde en Afrique et en Europe. Les premiers mois ou les premières années, l’intégration sociale peut être difficile si la langue italienne n’a pas été bien apprise. Généralement, les compatriotes s’y prennent bien, ils apprennent plus vite que d’autres africains d’expression anglaise par exemple.

Difficultés religieuses : la pratique de la foi souffre quelque fois car certains éprouvent des difficultés pour se faire connaître et s’intégrer dans les structures paroissiales italiennes, qui nourrissent sans le vouloir l’anonymat. La tentation est grande pour le catholique d’entrer dans les sectes où l’on se sent encadré.

Difficultés politico administratives : Comme expatriés, la régularisation des papiers est une chose essentielle. D’habitude, cela va vite pour les diplomates, les religieux et religieuses y compris les étudiants boursiers qui ont obtenu un visa ordinaire à l’entrée.

A vrai dire, régulariser les documents pour demander le permis de séjour est une épreuve dure pour les immigrés clandestins, réfugiés et exilés.

Il faut attendre des mois et parfois des années avant d’obtenir les papiers qui les autorisent à circuler librement sur le territoire italien, allemand ou britannique, bref dans les pays Schengen ou de l’Europe unie.

Certains immigrés clandestins ou réfugiés s’isolent et ne se présentent pas en public par peur d’être interpellés et refoulés au pays d’origine sans plus avoir l’occasion de revenir.

Le retour au pays dans ces conditions ou même puisqu’on n’a pas reçu le dossier à temps est interprété par les concernés comme une honte et les membres de famille restés au Congo y voient un échec dans la vie. D’autre part, non seulement qu’un immigré clandestin n’a pas d’argent pour s’acheter le billet retour au Congo mais il compte souvent sur la providence divine : il préfère se résigner ayant l’espoir que ça ira mieux un jour. Et donc, mieux vaut rester et se débrouiller, pour vu que ça s’arrange.

Au cas où ce dernier tombe sérieusement malade et en mourrait, la situation se complique davantage car généralement on ne sait à quel saint se vouer.

Une Aumônerie Catholique pour les Congolais:Pourquoi faire ?

Une aumônerie pour Congolais à Rome, pourquoi faire, m’a demandé un jour un prêtre latino-américain. La question m’a paru simple et anodine au début mais je n’avais pas la réponse facile , et certes elle ne l’est pas apparemment étant donné que les Congolais vivant en Italie ne sont pas tous catholiques. Pour bien comprendre la mission assignée à cette structure pastorale d’église catholique par ses initiateurs, il convient de rappeler un événement de taille au sein de nos églises locales d’Afrique et Madagascar : l’assemblée spéciale des évêques d’Afrique et du Madagascar, que nous appelons "Synode Africain", il y aura bientôt huit ans.

Historique

Du 10 avril au 08 mai 1994, le Pape Jean Paul II convoqua à Rome l’assemblée spéciale des évêques d’Afrique et de Madagascar autour du thème "L’église en Afrique et sa mission au troisième millénaire. Vous serez mes témoins (Ac1, 8)".

La plupart des évêques africains, et donc aussi ceux du Congo, notre pays, ont pris part à cet événement solennel au cours duquel les Pères synodaux étaient invités à évaluer de façon critique la mission évangélisatrice de l’église sur l’ensemble de notre continent africain. Ils ont ensuite réfléchi sur les défis auxquels comme pasteurs, ils doivent faire face pour une évangélisation en profondeur au seuil du troisième millénaire.

Les efforts d’inculturation de la liturgie congolaise ont eu du crédit surtout lors de la célébration d’ouverture de ces assises sur la place Saint Pierre/Vatican. Les autorités ecclésiastiques de Rome ont reconnu que l’église catholique congolaise est éminemment dynamique et vivante. La liturgie est célébrée d’une façon significative et priante.

Cela n’a pas laissé sans sentiment son éminence le cardinal Frédéric ETSOU, Archevêque de Kinshasa.

L’archevêque de Kinshasa, connaissant très bien la situation des africains et en particulier celui de ses compatriotes congolais et catholiques vivant en Italie, a eu la géniale initiative de chercher des moyens de les encadrer du point de vue pastoral.

Ces deux événements majeurs, à savoir la concrétisation des actes du synode africain, tenu du 10 avril au 10 mai à Rome et l’encadrement spirituel des Congolais résident en Italie, ont emmené Mgr Frédéric Etsou à établir une aumônerie catholique a Rome.

La messe d’ouverture a eu lieu dans une église dédiée à l’Immaculée Conception de Rome, "Chiesa di Santa Maria dell’Immacolata Concezione", le 12 novembre 1994. En d’autres termes, exactement cinq mois après la clôture du synode africain. Plusieurs personnalités d’église ont rehaussé de leur présence à la messe d’ouverture de l’aumônerie catholique pour les Congolais vivant en Italie, en l’occurrence Mgr Philippe Tucci, représentant personnel du cardinal Ruini, vicaire du diocèse de Rome ; Mgr Faustin Ngabu, évêque de Goma, à l’époque, président de la conférence épiscopale du Congo et trois autres évêques congolais.

L’aumônerie Catholique congolaise : lieu d’évangélisation et de dialogue interculturel

L’aumônerie catholique fut érigée pour répondre à un besoin pastoral, celui d’accueillir et d’accompagner spirituellement, moralement et assurer au besoin une assistance économique aux Congolais de Rome dans les différents moments de leur vie.

Le cardinal Archevêque avait, à l’époque, souligné cette double mission de ce projet en ces termes :

"En vivant à l’étranger, mes frères et sœurs, vous vous confrontez certainement avec des problèmes de toute nature : Solitude parce que loin des parents, difficulté de langue pour vous faire comprendre, problèmes d’ordre économique ; certains ne fréquentent pas l’église et ne reçoivent plus les sacrements…

L’aumônerie que nous créons jaillit de ce souci d’accompagner spirituellement la communauté congolaise à Rome…Notre désir profond est d’encadrer systématiquement les Congolais qui vivent à Rome dans leurs nombreuses difficultés. Nous créons cette aumônerie pour vous encadrer dans les différents moments de la vie : dans la joie, la souffrance, la maladie, la mort… Cette structure vous permettra certainement de célébrer la messe en rite congolais, de pouvoir quand c’est nécessaire vous confesser. Nous mettrons des prêtres à votre disposition, nous demanderons aussi aux religieuses qui le peuvent selon leur disponibilité de penser à la catéchèse en préparation aux sacrements, à assurer quelques récollections".

Organisation Matérielle et Pratique

L’abbé Augustin Bita, prêtre de l’Archidiocèse de Kinshasa, assure depuis 1994, le rôle d’aumônier responsable de la communauté congolaise de Rome. Il est assisté par un conseil paroissial de quinze personnes, choisis parmi les membres assidus et réguliers aux activités et rencontres de l’aumônerie.

L’aumônier responsable étant lui-même étudiant ne réside pas dans l’enceinte de l’église qui nous a été confiée pour les célébrations liturgiques. Ainsi donc, l’accueil se fait chaque samedi à partir de 17h30 jusqu’à 20h30 et les autres jours sur rendez-vous.

La répétition des chants est prévue chaque samedi à partir de 18h00 et dans le cas où il y a messe de suffrage pour les défunts, elle tombe car celle-ci se dit à 18h00.

Les chrétiens sont encouragés à se confesser régulièrement le samedi soir ou le dimanche avant la célébration eucharistique qui a lieu à 11 heures.

Les Joies et les Difficultés de la Communauté

Toutes les activités de la communauté se déroulent depuis Noël 1994 (24.12) dans l’église dédiée à la nativité de Jésus, située sur la place "Pasquino", non loin de la fameuse place "Navona". Ces places publiques et touristiques sont au centre même de Rome.

Un lieu de rencontre interculturelle : ce que l’on croyait être un centre d’accueil des seuls congolais est, en réalité, un lieu de rencontre interculturelle. Lors des célébrations dominicales, les Congolais ne prient pas seuls, un bon nombre d’expatriés viennent s’associer à eux pour louer ensemble le Seigneur Ressuscité.On y trouve un bon nombre d’italiens, de français et d’africains parmi lesquels, les Togolais, les Ghanéens, les Zambiens et autres.

Cette diversité culturelle fait que l’on utilise non seulement le français et le lingala pour la célébration de la liturgie mais aussi l’Italien dans certaines parties de la messe comme pour faire participer tout le monde.

L’un ou l’autre évêque du Congo est passé célébrer l’Eucharistie et converser avec les chrétiens sur la situation générale au pays. C’est le cas du cardinal Frédéric ETSOU lui-même, Mgr Gaspard Mudiso, évêque de Kenge ; Mgr Landu May, Evêque auxiliaire de Kinshasa, Mgr Monsengwo Pasinya, Mgr Charles Nsay, un évêque du Congo Brazzaville etc.

Au Service de la Promotion de la Culture congolaise à Rome et en Italie

Les séminaristes congolais choisissent d’être ordonnés diacres dans l’église de la nativité. Pour le cas que les ordinations ou les vœux perpétuels ont lieu dans d’autres endroits, on fait des annonces à la communauté, invitant les fidèles à accompagner par les prières et l’action les frères et sœurs concernés.

De temps en autre, les jeunes Congolais engagés demandent de se marier officiellement à l’église. Régulièrement, la chorale de la communauté, qui devient graduellement interculturelle, est invitée dans diverses paroisses de Rome et les diocèses proches et lointains, pour animer des messes des voeux perpétuels ou des journées de prières pour diverses occasions avec la musique religieuse et culturelle du Congo.

La plupart des membres de la chorale de l’aumônerie habitent en dehors de Rome. Ils ne ménagent aucun effort pour venir chaque samedi soir à la répétition des chants et aussi les dimanches matins pour animer les célébrations liturgiques dans les quatre langues nationales du Congo.

Lors des occasions d’intérêt commun, par exemple prière pour la paix au pays l’an dernier, l’anniversaire de l’assassinat de Mgr Christophe Munzirihiwa sj etc., les moments de prière et les autres manifestations ont connu la participation des Congolais dans l’église de la nativité.

Lorsqu’un membre de la communauté est dans le besoin, et que la communauté est informée, on essaie de lui venir en aide dans la mesure du possible. Lorsqu’un étudiant finit ses études ou défend sa thèse de doctorat, la communauté s’arrange pour le féliciter et lui assurer l’union dans les prières et l’action.

Les Peines de la Jeune Communauté

En plus des moments de joie et des occasions heureuses dans la vie de la communauté, il convient de mentionner les difficultés et contradictions dans la réalisation de sa mission.

"Nous mettrons des prêtres à votre disposition, disait le Cardinal Etsou il y a sept ans, nous demanderons aussi aux religieuses qui le peuvent selon leur disponibilité de penser à la catéchèse en préparation aux sacrements, à assurer quelques récollections".

C’est un souhait de "dialogue ad intra" qui, pour être sincère avec nous-mêmes, reste encore sur le plan théorique. C’est justement à ce niveau que la communauté catholique congolaise de Rome se bute à quelques contradictions internes, bloquant ainsi la force de l’esprit de Pentecôte.

Difficultés Internes

Beaucoup de membres mais une maigre participation

Il y a plus que 200 prêtres congolais (religieux missionnaires et diocésains dans les différentes universités pontificales de Rome), plus qu’une centaine des religieuses congolaises, un bon nombre de laïcs parmi les étudiants réguliers, les réfugiés, les visiteurs touristes etc.

Très peu parmi eux se présentent d’une façon régulière pour se mettre à la disposition de notre peuple.

Lorsque la messe est célébrée en rite congolais, on se sert du lingala pour chanter la préface, et du français ou de l’italien pour les prières y compris les lectures à cause de l’auditoire qui n’est pas hétérogène.

A cause des divergences linguistiques, certains prêtres congolais ne viennent pas ou plus à l’aumônerie. Il arrive que l’aumônerie congolaise soit identifiée à l’Archidiocèse de Kinshasa parce que l’aumônier responsable actuel est prêtre de Kinshasa ou puisque le lingala a la primauté pendant la célébration.

Ceux qui parlent Swahili ou Ciluba se sentent moins acceptés que ceux qui parlent le lingala et Kikongo.

Les religieuses congolaises ne viennent pas enseigner la catéchèse, sans doute à cause des exigences dans leurs différentes communautés et très rarement des récollections sont organisées pour nos compatriotes par manque de prédicateur… une chose curieuse, à en croire le grand nombre de prêtres et religieuses à Rome.

Sur le plan logistique, la communauté congolaise catholique de Rome n’a pas beaucoup d’espace : elle n’utilise que l’église à laquelle est annexée la sacristie avec une toilette. On manque un local polyvalent pour des rencontres diverses (catéchèse, formation interculturelle, apprentissage des langues nationales et l’italien).

Une Communauté en dialogue ad intra et ad extra

Lieu de dialogue ad intra

Les Congolais vivant à Rome ou en Italie ne sont pas tous des chrétiens catholiques, il y a parmi eux des protestants, des musulmans et des adeptes d’autres mouvements religieux et associations mystiques d’inspiration chrétienne ou non.

Souvent ceux-ci s’excluent, partant simplement du préjugé confessionnel. Ils refusent de prendre part aux manifestations organisées par la communauté catholique congolaise.

Pourtant, les portes de la communauté catholique de Rome sont ouvertes à tous les catholiques et aux membres d’autres églises chrétiennes quand il s’agit de l’action commune.

Si la participation à la liturgie catholique n’est pas obligatoire pour eux, certaines manifestations culturelles et religieuses organisées par cette communauté ont généralement un caractère national et œcuménique. Le lieu étant facile à atteindre par transport public, tous peuvent y arriver avec un peu de bonne volonté et de temps.

Pour concrétiser le dialogue entre Congolais, il est grand temps de relativiser les divergences ethniques ou linguistiques et religieuses surtout quand il s’agit de lutter pour une cause commune, le bien et la sécurité de tous les fils et filles du Congo à l’étranger.

Lieu de dialogue ad extra

La première façon de vivre le dialogue ad extra est l’adaptation au milieu italien, à la sensibilité culturelle italienne. Le respect de l’heure pour la célébration de l’eucharistie dominicale en langue française est une bonne chose.

Une autre façon de vivre la catholicité consisterait à associer les autres groupes ethniques non congolais mais d’expression française, dans la préparation de la liturgie. Cela revient à dire que dans un monde où l’inter culturalité devient une valeur capitale et enrichissante, les Africains, Canadiens et européens etc. d’expression française habitant à Rome et qui viennent de temps en temps prier ici, devraient, dans l’avenir, trouver la joie de célébrer avec les Congolais l’eucharistie dans la langue qui leur est commune, je veux dire le Français.

C’est là une autre dimension missionnaire que la communauté congolaise de Rome peut développer dans les jours à venir pour son intégration dans le monde chrétien occidental.

La Vocation Première de l’Aumônerie Catholique de Rome

Il peut paraître vain de tenter de convaincre les Congolais sur l’importance d’une aumônerie catholique à Rome, à Londres ou à Paris. Mais, durant les quatre dernières années passées à Rome dans le cadre de ma spécialisation en Missiologie, j’ai fréquenté une fois (quelque fois deux) le mois la communauté. Le contact avec mes sœurs et frères congolais et autres qui viennent ici m’a permis de me sentir comme faisant partie non d’une région déterminée du Congo mais de l’église catholique et missionnaire.

Les problèmes qui entravent la bonne marche du groupe sont pratiquement les mêmes partout. Ainsi donc, une aumônerie congolaise à Rome, à Paris ou à Londres c’est à la fois un privilège et un défi missionnaire à réaliser ensemble au — delà des divergences ethniques, linguistiques ou géographiques. L’aumônerie ne doit donc pas être identifiée à une personne, personne ne devrait non plus y avoir plus de droits et égards que les autres. Tous les membres y sont des frères et sœurs, jouissant du même statut civil e chrétien, celui d’émigrés en mission (ou émigrés missionnaires).

Défis Pastoraux et Missionnaires

1. Ici, les prêtres, Consacrés et religieuses, laïcs congolais et les amis expatriés du peuple congolais, doivent apprendre à s’écouter mutuellement, à s’accueillir en montrant leur disponibilité missionnaire par amour de l’église catholique non seulement en paroles mais aussi en actes et en toute vérité.

2. A l’age de sept ans, beaucoup d’enfants au Congo font la deuxième année primaire. Ils sont encore des enfants mais ils sont plus lucides que quand ils avaient l’age de quatre ou cinq ans.

Les sept ans d’existence de l’aumônerie congolaise de Rome n’est pas un grand exploit mais le chiffre est parfait. Ainsi, la célébration du septième anniversaire de notre aumônerie nous donne l’occasion de remercier le Seigneur pour cette structure pastorale d’ensemble en terre étrangère. Nous devons dire merci aux autorités ecclésiastiques du vicariat de Rome, y compris l’Archevêque de Kinshasa, le cardinal Frédéric Etsou, actuel président de la conférence épiscopale nationale du Congo, pour nous avoir donné ce lieu de culte.

3. Il revient à tous les catholiques Congolais vivant en Italie et particulièrement à Rome (prêtres, religieuses et laïcs) de prendre conscience de la mission et du rôle qu’ils ont à jouer pour faire de leur aumônerie, une maison, église famille et un lieu de dialogue théologique avec les autres cultures. Une des premières taches reste, selon moi, soigner la liturgie et veiller à ce que la liturgie ne soit pas inutilement prolongée. Cela attirera plus de monde et aidera ce dernier à louer le Seigneur Ressuscité dans cette ferveur de piété à la congolaise.

Longue vie à l’aumônerie Catholique congolaise de Rome !

 

DEUXIEME SECTION :

IMPACT DE L’AUMONERIE DANS LA VIE SOCIALE ET CHRETIENNE

"Dum nihil habemus, calamo ludimus" ( FEDRO).

"Ainsi parle le Seigneur: Arrêtez-vous sur les routes pour faire le point, renseignez-vous sur les sentiers traditionnels. Où est la route du bonheur ? Alors suivez-la et vous trouverez où vous refaire. Mais ils disent : Nous ne la suivrons pas !... " (Jérémie 6,16-18).

 

Une Communauté jeune et en marche

La communauté Congolaise de Rome, en ces sept ou bientôt huit ans d’existence, n’a pas à se vanter d’un passé riche en événements extraordinaires ou mémorables. Mais, on ne peut pas dire pour autant que la jeune communauté est pauvre de chronique ou qu’elle n’a pas de tradition.

Il n’ y a certes pas encore des documents écrits, pas d’ouvrages vendus dans les bibliothèques , pas d’archives traitant de l’existence de la communauté catholique de Rome. Excepté les quelques figures pastorales et missionnaires qui y sont vénérés par leur exemple de vie et le martyre, nommément les Bienheureux Isidore Bakanja et Clémentine Anwarite Nengapeta y compris les 2 anciens Archevêques de Bukavu (Christophe Munzihirwa et Emmanuel Kataliko). Il n y a pas encore de figures émergentes à cause de leur vie dévote ou théologique.

Les recherches et les publications sur la vie liturgique, l’activité théologique et pastorale au Congo sont abondantes, mais sur la communauté congolaise de Rome, le résultat est encore très modeste.

L’église, dédiée à la nativité de Jésus, est petite et est liée à une histoire nécessaire à connaître dans le contexte de Rome. C’est probable que les éléments historiques de cette vieille église éclairent la marche et le rôle que la jeune aumônerie est appelée à jouer dans la vie sociopolitique des chrétiens congolais vivant en Italie et à l’étranger.

Tous "émigrés mais en mission"

Ce qui nous importe à présent, c’est nous arrêter et réfléchir sur certains thèmes concrets, et qui nous aident à frayer le chemin de la communauté congolaise de Rome.

Ouvrant les yeux pour voir ce qui se passe autour de nous, c’est qui est clair est que nous avons une aumônerie catholique, dont le rôle primordial n’est pas de faire la politique ni de prendre de force la place des autorités administratives . La contribution des membres de l’aumônerie dans la reconstruction du Congo, à mon avis, englobe toutes les dimensions de la vie. Mais, elle est à concrétiser dans la ligne de la praxis chrétienne.

Les membres sont appelés à s’interroger, à la lumière de la foi en Jésus qu’ils professent, ce qui ne va pas autour d’eux et chez eux:

"Même en ce temps-là, oracle du seigneur, je ne ferai pas de vous table rase. Et quand vous direz : « pour quel motif le Seigneur notre Dieu nous fait-il subir tout cela ?"

Tu leur diras : "Comme vous m’avez abandonné pour servir les dieux de l’étranger dans votre pays, de même vous servirez des étrangers dans un pays qui n’est pas le votre" (Jérémie 5,19).

L’émigration nous concerne tous, Consacrés et laïcs

Par le fait même que nous vivons en terre étrangère, prêtres, diplomates, ou étudiants laïcs Congolais en Italie, sommes tous émigrés.

L’émigration, comme phénomène de masse, justifie bel et bien l’existence de la présente structure ou institution, l’aumônerie Catholique de Rome.

En plus du clergé étudiant, il y a des diplomates, réfugiés etc., d’origine congolaise, avec un travail déterminé ou pas, avec assurance sociale ou pas, sont les membres vivants de la communauté catholique de Rome.

Ce qui les unit c’est cette unique foi en Jésus, fils de l’homme et sauveur du genre humain. Souvent, sous l’égide de la modernité en cours en Occident, met au centre de préoccupations de l’homme l’argent, le travail bien rémunéré et les promesses d’une vie économique prospère (pour les uns) et d’une solide formation religieuse ou cultuelle pour soi et pour les autres restés au pays (pour les autres).

En ces dernières années justement, le Congo traverse une crise socioéconomique et religieuse sans précédent. Il n’y a pas que les hommes qui quittent le pays pour venir vivre en Italie, il y a aussi les femmes et les enfants, plus de jeunes que des vieux.

La prière et les manifestations liturgies sont importantes pour la bonne marche de la communauté chrétienne. Ceux qui vivent en dehors du pays ne vivent pas au même niveau les conséquences de la guerre et les conflits qui divisent le pays en différentes idéologies et zones d’influence.

Les avantages socioéconomiques dont ils jouissent comme "émigrés en règle" en Italie les aident à louer Dieu chaque dimanche sans être inquiétés.

Ces avantages et bien d’autres dispositions semblent être contrebalancés par les comportements étranges des dirigeants d’églises et des sociétés civiles ou politiques, des baptisés catholiques ou protestants dans la gérance de la "res publica". Les prières et supplications des chrétiens congolais et de leurs amis n’élèvent-elles point pas encore leur niveau de vie morale ?

Dans son nouveau monde de vie, ou d’émigration, le Congolais se trouve dans une situation pas toujours bonne. Des préjugés négatifs l’accompagnent dans la vie publique, il suffit d’exhiber un passeport congolais pour écouter toutes les misères du monde. Vivant dans des pays européens, il fait face parfois aux difficultés de langue,aux humiliations de tout genre, comme les autres émigrés africains, objet de suspicion et de xénophobie. Les enfants qui naissent en terre étrangère des parents congolais ou des mariages mixtes expérimentent des moments de crise d’identité et manquent des modèles culturels de référence.

Dés lors, la création d’une structure pastorale d’accueil et de partage ne peut être accueillie qu’avec joie et gratitude. Une prise de conscience graduelle doit aider les membres à s’insérer dans la culture qui l’accueille avec moins de troubles et préoccupations.

Tous les problèmes auxquels le Congolais (enfants, jeunes et adultes) font face à l’étranger, ne devraient pas les décourager ou les amener à se comporter en irresponsables (égoïsme, recherche effréné du profit et de l’argent sale). Au contraire, ils doivent devenir murs d’expérience, après avoir goûté l’amertume ou la douleur de la séparation, après avoir expérimenté l’exil culturel dans la foi, ils doivent être en mesure d’assister d’une façon concrète ceux qui souffrent physiquement et moralement au Congo de faire le même pas en avant, dans l’attente des jours meilleurs.

La Conversion des cœurs et des mentalités

Une première tentation serait de constituer d’autres groupes en plus de ceux qui existent. Le fait de se rencontrer en groupes unis pour réfléchir ensemble est un impératif dans l’état actuel des choses.

La crise dont souffre le Congo à tous le niveaux est remédiable au moyen de la conversion des cœurs et des mentalités car c’est un problème d’hommes plus que de structures. Quand nous lisons la Bible, nous trouvons que la conversion est la condition sine qua non pour un nouveau départ des personnes et des communautés. La conversion se fait à plusieurs niveaux : individuel et communautaire. Elle est un phénomène global

En ce qui concerne la communauté Catholique congolaise de Rome, les objectifs de sa fondation et les joies et les peines expérimentées au cours de sa marche appellent à la conversion.

Le problème de la naissance de la communauté étant résolu, autant que celui de son évolution en cours, il nous faut attaquer celui de la croissance et de son développement futur.

Le problème ne consiste pas non plus sur le plan administratif de la communauté car les structures en place s’en occupent en tenant compte des besoins et exigences du vicariat de Rome et de la conférence épiscopale nationale du Congo.

La communauté catholique congolaise de Rome a la double mission à remplir : la fidélité à la tradition de l’église universelle et la fidélité aux valeurs traditionnelles congolaises, fondées sur la solidarité et le sens de la communauté.

L’avenir de la communauté congolaise de Rome est un problème des Congolais et Congolaises, citoyens de ce pays, qui devenus chrétiens, doivent témoigner le Serviteur souffrant, mort et ressuscité et célébrer les mystères de sa vie en tant que Congolais mais dans le contexte culturel italien.

 

Section 4 

Elements Structurels pour une Pastorale Liturgique Congolaise

Une liturgie adaptée à la culture ou cultures Congolaise(s)

La liturgie n’est pas une affaire privée d’un pays ou d’un diocèse ; c’est une affaire d’église universelle. Il est recommandé depuis le concile Vatican II que la célébration de la liturgie soit adaptée aux us et coutumes des gens.

La conférence épiscopale du Congo en ont parlé et écrit sur cela déjà en 1961, avant même le concile Vatican II.

"L’adaptation, écrivaient-ils, est plus que nécessaire pour le fait la communauté africaine est fondée sur des bases religieuses. Le culte est l’élément unificateur de toute la communauté. Seul un culte vivant et adapté peut contribuer à l’approfondissement de la foi que seule la catéchèse ne peut donner".

Vingt-trois ans après le concile Vatican II, c’est-à-dire le 30 Avril 1988, la congrégation pour le culte divin a approuvé le missel de la célébration de la liturgie pour les églises locales du Congo.

Les textes de la messe et les parties répondent à la sensibilité festive et exubérante du peuple congolais.

Eléments structurels de la messe en rite Congolais

- L’annonciateur

Il joue un rôle de premier plan. C’est la première personne qui accueille l’assemble et que cette même assemblée priante écoute. Il annonce l’entrée du célébrant principal et des autres ministres. Il annonce l’intention de la prière du jour et tout au long de la célébration joue la médiation entre le célébrant principal et la communauté priante.

Ce sont là les différentes fonctions de l’envoyé ou du messager du chef traditionnel africain, dont la mission dans la vie sociale congolaise est très importante. Il en est de même dans la célébration de la liturgie. La participation des chrétiens peut être dite active ou passive en rapport avec les capacités de l’annonciateur.

- Louer Dieu corps et âme

Généralement, l’africain et le congolais en particulier, sont un peuple qui aime le chant et la danse. Il chante et danse quand il est content, il chant et il danse au moment du deuil. Les chants et la danse sont accompagnés des expressions du corps et les instruments de musique traditionnels et modernes accompagnent le battement des mains et contribuent à la réussite de la célébration de louange de Dieu, auteur de la vie.

- La valeur de la communion

L’africain est par nature est un sujet communautaire. Dès son enfance, il se sent lié à sa famille et aux autres membres du village ou du quartier. Lors des fêtes, il n’est jamais heureux. Même les défunts sont considérés comme présents.

C’est cela qui explique l’invocation des saints et ancêtres au début de la célébration, se serrer les mains en signe de réconciliation, la communion et d’autres moments significatifs.

Sources

 - Interviews avec l’Abbé Augustin BITA, Aumônier responsable de la communauté congolaise de Rome (Septembre, Novembre et Décembre 2001).

- Cardinal Frédéric ETSOU, Homélie de circonstance, Rome 12.11.1994.

- Interviews informelles avec divers ecclésiastiques et étudiants laïcs congolais de Rome/Italie et de Londres/Angleterre.

- Mveng, E., Identità Africana e Cristianesimo , Società Editrice Internazionale, Torino, 1990.

 

Notes :

 

Un mot sur l’auteur : Godé Manunga-Lukokisa est membre de la congrégation missionnaire du Verbe Divin (SVD). Il a été ordonné Prêtre le 26.07.1992 à Kinshasa.

Expérience missionnaire "ad gentes" en Zambie (1992), au Zimbabwe (1993-1996), au Ghana (1997) et au Congo. Il a servi dans ces différents pays comme vicaire et curé de paroisse, enseignant et chercheur dans le domaine de l’évangélisation des cultures africaines.

Godé est passionné pour l’Afrique, qu’il appelle fièrement "sa mère". Il a écrit plusieurs articles en rapport avec la mission en Afrique noire.

Quelques uns de ses articles avant ce dernier:

  • La Contribution des missionnaires du Verbe Divin dans l’évangélisation du Bandundu (RDC).
  • L’œcuménisme, un don de l’Esprit Saint aux églises.
  • The introduction of Islam among the Dagomba of Ghana.
  • Mission ad gentes at the dawn of the third millennium among the Ndebele of Zimbabwe.
  • Ndofunsu, patriarche Africain et Apôtre Chrétien.

 

Pour tout commentaire et remarques, adressez-vous s’il vous plait à :

Godé Manunga svd

Collegio del Verbo Divino

Via dei Verbiti 1

00154 Rome-Italie

Tel 0039 06 571 15407 / E mail : godemanunga@yahoo.com

 

Partant de la place St Pierre-Vatican, avec n’importe quel bus, on y arrive après quatre arrets et partant de la fameuse "Piazza Venezia", c’est pratiquement la meme distance, si pas moins que le sens inverse.

2 La présence de deux italiennes dans la chorale est une preuve tangible du dialogue de la vie, suscitée par la commune foi en Jésus. Les deux italiennes chantent parfaitement bien en langues Congolaises sans avoir été au Congo.

3 Réflexion sur les phénomènes de société dans le contexte congolais, par exemple la crise politique, la crise économique et morale qui perdurent depuis des années.

 

Réf. : Texte de l'auteur. Mai 2002.